Mudéjar désigne l'art et l'architecture de tradition islamique réalisés dans l'Espagne chrétienne, et le Real Alcázar de Séville en est l'un des plus grands exemples. Avec trois techniques et une idée historique en tête, le palais cesse d'être un tourbillon de motifs magnifiques et commence à avoir du sens. Ce guide vous donne les deux.
Ce que veut dire « mudéjar »
Le mot vient de l'arabe mudajjan, « celui à qui l'on permet de rester » : le nom donné aux musulmans qui continuèrent à vivre dans les royaumes chrétiens de la péninsule après la conquête de leurs villes. Les historiens de l'art l'ont repris pour désigner les édifices qui utilisent les formes et les savoir-faire d'al-Andalus pour des commanditaires chrétiens, en gros du XIIIe au XVIe siècle, en Castille, en Aragon, à Tolède et au-delà. L'architecture mudéjar d'Aragon est d'ailleurs inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO.
À l'Alcazar, le style atteint son sommet dans le palais de Pierre Ier, bâti dans les années 1360.
Pourquoi un roi chrétien bâtirait-il dans le style islamique ?
Cela semble paradoxal, et c'est la question la plus intéressante que pose l'Alcazar. Pour un roi castillan du XIVe siècle, l'architecture d'al-Andalus n'était pas le style d'un ennemi. C'était la manière la plus raffinée et la plus prestigieuse de bâtir un palais dans son monde, admirée, imitée, associée au luxe et au pouvoir.
Pierre Ier était en outre l'allié du sultan nasride de Grenade, Mohammed V, dont la cour construisait au même moment les palais de l'Alhambra. Les historiens jugent probable que Mohammed V ait envoyé des artisans à Séville. D'autres vinrent de Tolède, ville à la longue tradition mudéjar. Résultat : un palais dont les inscriptions, en arabe, célèbrent un roi chrétien comme « sultan ». Voir l'histoire islamique de l'Alcazar pour ce qui précède.
Les trois techniques à reconnaître
Le stuc sculpté : yesería
Presque chaque arc, chaque encadrement de porte et chaque haut de mur du palais de Pierre Ier est couvert de stuc sculpté. Cherchez trois familles de motifs :
Les treillis géométriques, souvent la sebka en losanges héritée de l'art almohade.
Les rinceaux végétaux (ataurique) : feuilles et palmettes stylisées.
Les inscriptions : bandeaux de calligraphie arabe, formules religieuses ou louanges du roi.
Le plâtre était sculpté encore frais, puis peint. Des traces de couleur subsistent par endroits.
La mosaïque de céramique : alicatado
Le bas des murs est revêtu de carreaux émaillés taillés en petites pièces et assemblés comme un puzzle en motifs d'étoiles et d'entrelacs (lacería). Chaque couleur est une pièce distincte. C'est un travail lent et précis, différent des carreaux plats peints que vous verrez dans le palais gothique, réalisés deux siècles plus tard.
Les plafonds de bois : artesonado
Les plafonds sont de la menuiserie : structures à caissons ou en coupole, en bois assemblé, souvent peint et doré. Le plus spectaculaire est la coupole du salon des Ambassadeurs, reconstruite en 1427, où la géométrie des azulejos se répète au-dessus de vous en bois doré.
D'autres détails à observer
Les arcs outrepassés et polylobés. Des arcs qui se referment vers l'intérieur, et des arcs aux bords festonnés.
L'alfiz : cadre rectangulaire autour d'un arc.
L'eau et les cours. Les salles s'ouvrent sur des patios avec bassins, comme le Patio de las Doncellas. La cour est l'idée organisatrice de tout le palais.
Symétrie et axes. Les portes s'alignent, de sorte qu'on voit plusieurs salles à la fois.
Mudéjar, almohade, Renaissance : les distinguer
Style
Où à l'Alcazar
Signe distinctif
Almohade (islamique, XIIe s.)
Patio del Yeso
Treillis de sebka sobres
Gothique (XIIIe s.)
Voûtes sous le Patio del Crucero
Voûtes sur croisée d'ogives
Mudéjar (XIVe s.)
Palais de Pierre Ier
Stucs denses, mosaïques, inscriptions arabes
Renaissance (XVIe s.)
Galerie haute du Patio de las Doncellas
Arcs en plein cintre, colonnes classiques, balustrades
L'Alcazar et l'Alhambra
Ceux qui connaissent l'Alhambra se sentent souvent chez eux dans le palais de Pierre Ier, et pour cause : ils sont contemporains, faits dans la même tradition, peut-être en partie par les mêmes mains. La différence tient au commanditaire. Les palais nasrides de l'Alhambra furent bâtis pour des sultans musulmans ; le palais mudéjar de l'Alcazar pour un roi chrétien. Voir Alcazar ou Alhambra ?
Le voir avec un guide
La beauté mudéjar gagne à être expliquée : une fois qu'on vous a montré le nom du roi dans une inscription ou la différence entre carreaux taillés et carreaux peints, vous les voyez partout. La visite avec accès prioritaire (à partir de 56,00 €, annulation gratuite) couvre les principales salles.
Questions fréquentes
Que signifie mudéjar ?
Le mot vient de l'arabe mudajjan, « celui à qui l'on permet de rester », et désigne l'art de tradition islamique réalisé dans l'Espagne chrétienne.
L'Alcazar de Séville est-il mudéjar ou mauresque ?
Les deux, selon les parties. Certains espaces sont islamiques (almohades) ; le célèbre palais de Pierre Ier est mudéjar, bâti pour un roi chrétien.
Qui a construit le palais mudéjar ?
Des artisans de Séville, de Tolède et probablement de Grenade, pour le roi Pierre Ier, dans les années 1360.
Qu'est-ce que la yesería ?
Le décor de plâtre sculpté, principal ornement des hauts de murs et des arcs du palais.
Quelle différence entre alicatado et azulejo ?
L'alicatado est une mosaïque de pièces de céramique taillées ; azulejo désigne en général des carreaux plats peints.
Où voir le plus bel art mudéjar de l'Alcazar ?
Dans le salon des Ambassadeurs et autour du Patio de las Doncellas.
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